Michel Mouffe
Les Fusillés de Formentera
« A las cinco de la tarde »![]()
Galerie Saint-Séverin
Du 7 juin au 2 septembre 2025
Commissaire de l’exposition : Frère Marc Chauveau
Michel Mouffe habite Formentera plusieurs mois par an. Les toiles exposées à la Galerie Saint-Séverin renvoient à
l’histoire de l’île et plus particulièrement aux épisodes tragiques de la guerre d’Espagne.

Depuis les nombreuses années où il séjourne dans l’île, l’artiste rencontre les habitants de souche et recueille peu à peu des témoignages, des récits transmis par les générations antérieures de cette funeste période. Récits de pécheurs, de paysans, qui évoquent la disparition de membres de leur famille. Fusillés. Tragédie amplifiée par l’absence des corps qui n’ont jamais été restitués aux familles. Fusillés, disparus, anéantis, effacés. Pas un lieu pour faire mémoire, pas une tombe pour se recueillir. L’effacement total de la personne.
Grâce au climat de confiance que Michel Mouffe a su créer avec les familles, celles-ci vont lui partager les bribes de souvenirs transmis et lui montrer ce qui leur reste du fusillé, souvent une unique photo. Alors un visage apparaît.
L’artiste peint ce visage sur des toiles, comme un portrait, puis le recouvre de multiples couches de peinture très diluée. Peu à peu le visage disparait de la saisie immédiate.
Le visiteur pressé ne percevra quasiment rien. Mais pour peu que l’on s’arrête face à la toile, qu’on lui accorde du temps, à la marge de l’abstraction, peu à peu le visage apparaîtra. La figure semble remonter à la surface de la visibilité, comme si elle remontait d’un passé oublié, comme si le visage revenait dans le monde du visible, des humains. À ces fusillés que les bourreaux avaient tout fait pour anéantir, l’artiste leur redonne une place parmi les vivants. À cette volonté d’effacement complet de la personne, nous sommes devant ces toiles, comme devant une résistance de la figure à sa disparition. Une résistance de la mémoire qui n’est pas effacée grâce à cette toile.
Dans cette série de portraits nommée « A las cinco de la tarde » – écho d’un poème de Federico Garcia Lorca qui futfusillé à cette époque – chaque toile a pour titre le prénom et le nom de la personne.
« J’ai choisi de représenter les fusillés par le franquisme à Formentera. Leur exécution a une portée universelle en destemps troublés pour la démocratie, en des temps où les quatre coins du monde sont rongés par la violence et l’injustice et où l’humain est loin d’être humain. L’on comprend donc que, comme la peinture s’élabore en palimpseste, le sens profond de son discours caché dans « l’être là peint » est la mémoire, le temps, le mal, nous. » Michel Mouffe.






